L’Atelier [Itinérant] du Tonnelier mis en service
Nous sommes en pleine période de vendanges en Bourgogne, et un camion pas tout à fait comme les autres circule entre les vignes, de villages en bourgs. Un camion aux allures vintage, un Tub Citroën comme autrefois. Son passage est remarqué, on le prend en photo, on interroge Laurent qui est au volant : « il est de quelle année ? ». Un bel outil au service des vignerons.
Point de départ en ce mercredi 26 août au matin : Marsannay-la-Côte. Le ciel est quelque peu voilé mais le soleil semble vouloir percer les nuages. Dans les vignes, coupeurs et porteurs sont à l’œuvre. Il faut cueillir le raisin, en prendre soin. Ils ont entre leurs mains les grappes de très grands nectars. Dans les cuveries, on s’active avant de recevoir les premiers fruits. Certains domaines ne commenceront à vendanger que la semaine prochaine, alors que d’autres ont presque terminé, ce qui est le cas au Château de Prémeaux : « sur les 15 hectares, on a vendangé environ dix. On finira demain ou après-demain », explique Arnaud Pelletier à la tête du Château depuis 2003. Un peu plus loin, chez Jérôme Chezeaux, on a décidé de démarrer les vendanges la semaine prochaine. « Nous sommes dans les préparatifs. Je vais dans les vignes tous les jours goûter les “grumes” [fruits du raisin], il y a la sucrosité, mais le pépin est encore vert. C’est à la journée près ».
De vignes en domaines
Au volant de son atelier itinérant de tonnellerie, Laurent Maitre, tonnelier chez Charlois, visite ses clients, prend des nouvelles, se renseigne sur la qualité des vendanges, les rendements. « C’est un moment important pour nous tonneliers. La qualité des vendanges conditionne notre production de fûts. Et j’en profite pour présenter notre nouvel outil : L’Atelier Itinérant du Tonnelier. Le principe est d’offrir un nouveau service aux vignerons, un service de proximité, réactif qui nous permet d’intervenir rapidement dans les caves, dans les chais et de gagner du temps. On répare les petits bobos liés à l’usure, au temps. Le chêne est une matière vivante qui réagit au contact des vins ». Pour Arnaud Pelletier, « c’est une super idée. On est souvent dans le jus. Avec son camion, Laurent peut venir chez nous rapidement et intervenir sur nos fûts ». Même avis au Domaine Noellat situé à Vosne-Romanée : « que ce soit les fûts ou les cuves, nous ne sommes pas à l’abri d’un pépin. Un coup de fil et Laurent peut intervenir dans l’heure. C’est du bonus ».

Tonnellerie embarquée
À l’intérieur du Tub, on trouve tous les équipements, ou presque, de la tonnellerie artisanale traditionnelle. « Je peux quasiment faire un fût sur place, explique Laurent, sauf la chauffe ». Dégauchisseuse, raboteuse, plane, Stockholm, marteau et chasse… tout y est. Douelles, fonds, cercles viennent compléter les équipements de l’atelier. Il arrive parfois, c’est rare, qu’un cercle casse sur un fût. Il faut alors le remplacer. Comme cette après-midi d’août au domaine Noellat. « Bien que nous renouvelions nos fûts tous les ans, nous essayons de les conserver le plus longtemps possible avec tout ce que cela impose de maintenance. Autrefois, chaque domaine avait son tonnelier, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, souligne Sébastien, co-exploitant du domaine. Avec ce camion, c’est le retour du tonnelier dans nos chais. » En quelques minutes, Laurent a changé le cercle en question. Le fût a repris sa place dans le chai prêt à accueillir les jus issus des vendanges qui battent leur plein dans les vignes.
(Propos recueillis le mercredi 26 août 2026)
Photographies : Christophe Deschanel