Remue-méninges à l’école Boulle
Le workshop XXL 2024 pour les secondes années du DNMADE de l’école Boulle, ce sont un peu leurs Jeux Olympiques à eux. Ils s’y préparent depuis deux ans. Sans savoir le thème sur lequel ils seront amenés à plancher, ni les matériaux qu’ils auront à disposition. Ils ont eu cinq jours pour rendre leurs projets. Un défi.
Ils ont eu le week-end pour réfléchir, cogiter, se plonger dans l’univers Charlois pour être d’attaque. En ce mardi matin (nous sommes le 12 mars), c’est l’effervescence dans l’enceinte de la prestigieuse École Boulle. Les travaux pratiques du WORKSHOP XXL version Charlois ont démarré dans la matinée. La veille, le lundi, était consacré à la prise de contact entre les membres de chaque équipe, au choix du projet, des matières premières qui seront utilisées. « Les étudiants ne se connaissaient pas avant pour la plupart », explique Anissa Loumi, directrice déléguée aux formations de l’école. « C’est nous qui constituons les groupes en prenant soin de mettre un seul étudiant de chaque spécialité par équipe. C’est un défi supplémentaire pour nous. En cinq jours, il leur faut faire connaissance, choisir un projet à réaliser, se répartir les tâches… C’est intense ». Les douelles sont très prisées et inspirantes pour les étudiants qui ont pris possession des locaux jusqu’à la fin de la semaine. Dans les couloirs, on ponce, on colle, on ajuste, on essaye, dans la cour certains scient pendant que d’autres rabotent, coupent, ajustent. La matière est entre de bonnes mains.
Plancher sur les douelles
Le cintrage des douelles ajoute de la difficulté à l’exercice. « On s’en accommode. Soit on utilise la courbure, soit on l’élimine. Nous on a fait le choix de composer avec ». Chaque projet, de chaque équipe, est d’abord matérialisé en 3D à partir de croquis faits à la main. Ici un coffret de présentation, là une table de dégustation, ici une lampe. Dans la salle voisine, ce sont des couverts imaginés à partir des outils de tonnellerie qui ont inspiré les membres de l’équipe. « Le temps du repas, pour nous, c’est un moment de partage, de convivialité auquel nous avons souhaité ajouter la découverte, celle du métier de tonnelier, à travers les couverts. Les couverts que nous avons imaginés, c’est de l’argenterie revisitée version tonnellerie. Les parties en bois seront faites avec les douelles et les tranchants avec les cercles des barriques ». À l’étage supérieur, c’est un coffret de dégustation qui est en cours de réalisation. « Le socle est fait avec des douelles, les autres parties avec les fonds de barriques que nous allons scier en deux dans l’épaisseur pour alléger la structure ». Un écrin en forme de fleur, avec un système de coulisse. « Cela complèterait idéalement l’offre d’hébergement dans les cabanes perchées ». Il y a de la suite dans les idées.
Ingénieux et créatifs
Chacune des équipes en lice, il y en a 18, a préparé son projet avec minutie et enthousiasme en fonction du cahier des charges et des valeurs Charlois, le traduisant dans leurs créations. L’univers de la forêt, des métiers, des savoir-faire, en particulier ceux de la tonnellerie, sont sur toutes les tables, dans tous les plans. « La démonstration de tonnellerie, ça nous a impressionné », avouent certains d’entre eux, qui, plane en mains, essaient de reproduire les gestes pour évider quelques douelles. Les cercles de barriques, en acier galvanisé, sont quant à eux soumis à quelques torsions, à des déformations, ils sont chauffés, sablés, poncés, dans la recherche de l’aspect attendu. On sent monter la ferveur. Les enseignants visitent les équipes, les interrogent sur leurs intentions, les questionnent sur leurs projets. On parle de porte-à-faux, d’équilibre, de matière et bien sûr d’esthétique. Rien n’est laissé au hasard.
Valorisation de la matière
Sous forme d’esquisses, au départ, douelles usées ou cassées, chutes de cercles, trous de bonde, rivets, se dirigent vers une seconde vie, loin de ce qu’est leur destin initial. « La démarche est vertueuse. On ne jette pas, on recycle vers un autre usage, plus domestique ». Une démarche dans laquelle Charlois est impliqué depuis de nombreuses années. « En ébénisterie, nous ne sommes pas habitués à travailler le chêne. Ça change. C’est agréable. C’est un bois noble, précieux. Surtout celui servant à fabriquer les douelles ». Pour une autre équipe, le fait de travailler avec de la matière recyclée invite à être plus imaginatifs, plus créatifs. « Nous devons comprendre la matière, l’apprivoiser pour la travailler de façon optimale. Le bois n’est pas droit, les douelles ont été chauffées, certaines sont marquées par les vins qu’elles ont élevés. À nous de composer avec ». Un autre groupe a imaginé une table de dégustation rappelant les trois couleurs du vin – blanc, rouge, rosé – « L’idée est de mettre en valeur le bois et le vin en jouant avec les couleurs, les reflets. Pour ce projet nous utilisons des fonds, des douelles, des cercles… On essaye d’inclure tout ce qui est à notre disposition ». Dans les trois étages dédiés au WORKSHOP XXL 2024 Boulle-Charlois, les projets vont bon-train. À l’heure où nous quittons les lieux, il est environ 17h, les étudiants vont poursuivre leurs travaux encore quelques heures. Il leur restera deux jours pour boucler leurs travaux et les présenter au jury vendredi 15 mars après-midi. 18 équipes, 18 projets dont les 5 lauréats seront présentés à l’occasion de la Journée Internationale des Forêts le 21 mars à l’Académie du Climat. On a hâte de découvrir les créations!
Événement Forêts en scène organisé par l’ONF du 20 au 24 mars 2024 à l’Académie du Climat
Académie du Climat
2 place Baudoyer
75004 Paris
Suite à cette première restitution des projets lauréats, les 18 projets seront présentés dans les espaces d’exposition du Fonds Charlois pour l’Art et la Forêt à Murlin jusqu’au 31 mai 2024.
Photographies © École Boulle