Métiers de la tonnellerie #3 – Le cintrage des fûts de chêne
Le cintrage c’est la clef de voûte de la confection d’un fût de chêne qui intervient juste après la mise en rose. C’est au cours de cette étape de fabrication que le fût prend sa forme définitive grâce à une force mécanique combinée à l’action conjointe de la chaleur et de l’eau. Les cercles posés lors du cintrage permettent de solidariser l’ensemble garantissant ainsi la solidité et l’étanchéité de la coque.
Il existe plusieurs procédés pour le cintrage utilisés dans nos tonnelleries. Le cintrage traditionnel au feu de bois, le cintrage par immersion* ou encore le cintrage vapeur**. Quel que soit le procédé utilisé, le cintrage exige que le chêne soit à la fois chauffé et humidifié pour prendre sa forme définitive. La chaleur permet d’assouplir le chêne, pour mieux le cintrer, et l’humidification des douelles, à l’intérieur et à l’extérieur, favorise la progression de la chaleur dans les fibres du chêne. Progressivement, la force mécanique permet de resserrer l’extrémité des douelles jusqu’à ce que le fût prenne sa forme allongée caractéristique avec un bombé que l’on nomme « bouge » à l’endroit le plus renflé du fût.
LE CINTRAGE TRADITIONNEL AU FEU DE BOIS
Comme le fût sur le feu
La chaleur est apportée par un brasero (ou chaufferette) situé à l’intérieur de la rose, alimenté avec des écourtures (chutes) de chêne. L’humidité elle, est entretenue par aspersion à l’aide d’un pistolet à eau à l’intérieur et l’extérieur du fût. En plus de la gestion du temps, c’est l’œil et le toucher de l’artisan tonnelier qui vont rythmer et définir le temps nécessaire pour le cintrage du fût de chêne. En moyenne, cette étape dure une vingtaine de minutes pendant lesquelles le tonnelier va surveiller la température du fût, à la main, s’assurer qu’il soit toujours humidifié.
Serrage au cabestan
C’est l’autre outil du tonnelier, celui qui va permettre de marier les douelles les unes aux autres. Assouplies par le feu et l’eau, les douelles sont cintrées, à la base, à l’aide d’un cabestan. Le tonnelier encercle la base du fût d’un câble d’acier relié à un cabestan dont il va actionner le levier afin de resserrer progressivement les douelles et donner au fût sa forme définitive. Des cercles de moulage, en acier, viennent consolider l’ensemble avant de passer à l’étape suivante : la chauffe, également appelée chauffe aromatique, toastage ou bousinage.
*LE CINTRAGE PAR IMMERSION
Cette technique de pré-chauffe pour le cintrage, est sans doute la moins usitée dans le monde de la tonnellerie. C’est dans notre tonnellerie de Brive que Saury a mis au point ce procédé unique de préchauffe des fûts par immersion. Ce procédé consiste à plonger « la rose » dans un bain d’eau à haute température. L’eau pénètre dans le bois en éliminant les tanins les plus durs. Le procédé attendrit le bois en vue du cintrage.

**LE CINTRAGE VAPEUR
Après la mise en rose, les fûts sont introduits dans un tunnel de vapeur d’eau. C’est la méthode exclusivement utilisée par la Tonnellerie Berthomieu / Ermitage. La vapeur pénètre le chêne en profondeur et dilate ses pores. La chauffe aromatique qui suit est ainsi très pénétrante. Le passage à la vapeur contribue également à l’élimination des derniers tanins les plus âpres (une étude réalisée par le Laboratoire Exact en 2014 a démontré une diminution de 94% de la quantité des ellagitanins).

Après l’opération de cintrage, le fût passe sur un second poste de chauffe pour l’étape clé du bousinage au cours de laquelle les arômes du chêne seront révélés…
Photographies © Christophe Deschanel