Métiers de la tonnellerie #1 - Le façonnage des douelles
Sorti de merranderie, le merrain est composé de pièces de chêne à quatre faces, rectilignes, droites de fil, aux arêtes bien marquées. Lorsqu’elles arrivent en tonnellerie, après affinage à l’air libre pendant minimum 20 mois, elles sont façonnées et transformées en douelles qui constituent la coque du fût. Quatre étapes successives sont nécessaires pour fabriquer une douelle, prête à l’emploi.
Les étapes d’écourtage, de dolage, de jointage et d’évidage étaient auparavant réalisées à la main dans les tonnelleries de France et de Navarre. Ce sont des étapes primordiales pour que le tonnelier puisse ensuite « monter » le fût. L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert précise ainsi que : « Doler est le travail le plus rude et le plus difficile du tonnelier. […] Aussi, dans les grands ateliers, on fait grand cas du doleur. […] Le tonnelier a besoin pour façonner son merrain du rabot, de la colombe, du chevalet, du coutre, de la mailloche, de la plane […] Ces outils préparés et le merrain amené, il peut commencer à travailler ».
- L’écourtage consiste à mettre toutes les pièces de merrain à la même longueur selon le type et la contenance du fût à réaliser*.
- Pour le dolage, le tonnelier va positionner sa future douelle sur un bâti en bois (la guillotine). À l’aide d’une plane plate, le tonnelier réalise la partie bombée (concave) de la douelle.
- Le jointage et le fléchage interviennent juste après. Le fléchage permet de donner la forme conique au merrain tout en respectant l’angle de jointage. L’opération de jointage consiste à régulariser les champs des douelles à l’aide d’une colombe.
- L’évidage consiste à creuser l’intérieur de la douelle (partie convexe) pour enlever de l’épaisseur ce qui va permettre de faciliter le cintrage. Pour cette étape, le tonnelier utilise une plane creuse et se sert de la guillotine.
Toutes ces étapes sont aujourd’hui automatisées grâce à des machines qui réalisent les 4 étapes en une seule passe. Le merrain entre brut dans la machine et ressort en douelles au bout de quelques secondes. Si la machine a, pour partie, remplacé l’homme dans certaines tâches réputées difficiles de la tonnellerie, l’œil et la main, la vue et le toucher, restent les meilleurs alliés du tonnelier dans la sélection du merrain et le tri des douelles.

*Les chutes issues de l’écourtage sont utilisées par les tonneliers pour alimenter les braséros utilisés pour la préchauffe et la chauffe des barriques.
Photographies © Christophe Deschanel