Jérôme Poletz, responsable de production de Tonnelleries Merranderies Réunies

09 octobre 2025
6 min.

« Ma vie de merrandier »

La merranderie c’est, pour ainsi dire, sa vie. Jérôme Poletz, du haut de ses 52 ans, affiche quelque 36 années d’expérience dans le domaine. C’est avec son père que Jérôme a fendu, à la main, ses premiers billons pour en faire du merrain. Un savoir-faire acquis qu’il met un point d’honneur à transmettre au sein des ateliers de Tonnelleries Merranderies Réunies à Genouillac (Terres-de-Haute-Charente).

Chez Tonnelleries Merranderies Réunies, il est partout. C’est un peu sa seconde maison. Souvent le premier arrivé et presque toujours le dernier parti, Jérôme Poletz est un merrandier de souche et un besogneux. Il n’hésite pas à mettre la main au billon quand cela est nécessaire. Un métier qu’il a appris aux côtés de son père mais aussi à Formabois, une école dans l’Indre qui formait aux métiers de la scierie mais aussi de la merranderie. Jérôme c’est un homme de terrain, un homme de la terre et du terroir. Celui de la Dordogne surtout, dont il a conservé l’accent chantant. Originaire de Piégut-Pluviers, village de 1000 âmes à la frontière de la Charente et de la Haute-Vienne, Jérôme cultive un réel attachement à son Périgord natal où il vit avec femme et enfants. Amoureux de la nature et de ce qu’elle offre, il a hérité de sa terre les valeurs de travail, de respect, d’authenticité. Avec Jérôme pas de chichis, la poignée de main est franche, chaleureuse, le regard est profond, accueillant.

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Loyauté, fraternité, efficacité

« Mes parents étaient des petits exploitants agricoles à Piégut. Mon père s’est mis à faire du merrain quand c’est devenu difficile et qu’il fallait remplir le frigo. Il a monté un atelier dans la cour de la ferme familiale et c’est comme ça que l’aventure de merrandier a débuté chez les Poletz, dans une grande modestie », se souvient Jérôme. Le souvenir est tenace, on devine aisément que ces années de labeur ont guidé les pas du jeune Poletz dans ceux de son père. « Je voulais être paysan, comme mon père. Mais c’est la merranderie qui m’a emporté, le bois, le chêne. On reste dans le monde agricole quand-même ».

En troisième, Jérôme quitte l’école, rejoint Formabois et obtient son diplôme de merrandier (et oui*) et rejoint son père en merranderie. « J’ai travaillé avec mon père jusqu’à la fin des années 90 comme salarié, et j’ai fait une pige d’un an chez un confrère. Après, je suis revenu à Piégut et, avec mon père on a créé notre société de merrandiers. On achetait nos bois en forêt, et on travaillait pour plusieurs clients, sans faire de bruit, mais on faisait du bon travail, on produisait du bon merrain. Mon père était réputé pour fendre très fin, ce qui faisait économiser de la matière et gagner jusqu’à deux douelles par quartier ».

Se faire un prénom

Jérôme a commencé à fendre à la main, avec une masse et un coin, pendant que son père utilisait un coutre pour fendre les quartiers. « C’était il n’y a pas si longtemps quand on réfléchit bien. On fendait le billon à plat ». Une autre époque, pas si lointaine. Jérôme s’aguerrit aux gestes de la merranderie, de la fente au tri. La petite entreprise de Piégut se fait un nom, celui de Poletz, qui rayonne dans les Terres de Haute-Charente et au-delà. Les cognacs Courvoisier font appel à eux, puis d’autres noms, d’autres marques. Le merrain c’est un petit milieu, tout le monde se connaît. Jérôme se fait un prénom.

Son expertise et son savoir-faire sont connus et reconnus. En 1998, la SARL Poletz voit le jour, se structure et se démarque par la qualité du merrain produit. Pour Jérôme, le métier se mue en passion, en toute simplicité. Il reprend en son nom, et en son prénom, l’entreprise familiale. Le travail ne manque pas. Jérôme investit dans une seconde merranderie située dans les Vosges, près du massif forestier, près de la matière première chêne. Les tonneliers cognaçais s’intéressent au travail des Poletz, notamment Thierry Doreau de la tonnellerie éponyme. Une nouvelle aventure commence sous le sceau de TMR (Tonnelleries Merranderies Réunies). Piégut et Genouillac sont désormais sous la même enseigne, mais sur deux sites différents et distants d’une heure de route, le premier en Dordogne, le second en Charente.

Le début de l’aventure Charlois

Quand Charlois fait l’acquisition de Doreau en 2021, la maison Tonnelleries Merranderies Réunies fait partie de cette nouvelle aventure. Pour Jérôme, pas de bouleversement notoire. Il continue de partager son temps entre la Dordogne et la Charente. Il continue de coacher ses équipes avec la même envie, la même ferveur, la même passion et toujours cette philosophie de transmettre. Avec ses airs de Claude Onesta (ancien sélectionneur charismatique de l’équipe de France de Handball), et l’accent aussi, Jérôme partage ses savoir-faire acquis au fil des ans, met la main au merrain si besoin. Pas avare en conseils, il gère ses équipes en bon capitaine avec un maître-mot : polyvalence.

« Je fais en sorte que chaque personne dans mes équipes soit polyvalente, capable de travailler à la fente comme au tri, au sciage comme à l’empilage. Toute le monde est impliqué, on forme une équipe, on travaille en équipe. On est ensemble, on travaille ensemble, dans le même sens ».

Trois questions à Jérôme

Jérôme, la merranderie c’est un peu l’histoire de votre vie, celle de votre famille.

« C’est vrai. Je suis tombé dedans très jeune et ça ne m’a jamais quitté. J’aime ça, j’aime ce que je fais, j’aime le bois, le chêne surtout. C’est un arbre majestueux que j’ai appris à connaître, à travailler. Le chêne, c’est comme un livre, il faut l’ouvrir pour apprendre, pour comprendre, pour savoir ce qu’on va faire avec. Après toutes ces années, dès que le bois est fendu, je sais la quantité de merrain que je vais faire avec et sa qualité ».

Vous avez cette volonté, ancrée en vous, de transmettre. Pourquoi ?

« Parce qu’on m’a transmis en premier lieu. Puis, c’est un métier rare. Il y peu de gens qui se disent « tiens, je vais faire merrandier ». Ce savoir il faut le préserver et pour le préserver, il faut le transmettre. Il n’y a plus d’écoles qui enseignent la merranderie. C’est à nous de faire le job. Et ça tombe bien, parce que j’aime ça ».

Il y a eu d’importants travaux sur le site de Genouillac ces derniers mois. Le site regroupe désormais sur un seul lieu les deux entités. Quel est votre sentiment ?

« Nous avons un outil de travail formidable. Je suis absolument ravi comme mes collègues. Nous n’étions que 4 à Piégut avec moi. Maintenant nous formons une seule équipe en un même lieu. Le site s’est considérablement agrandi et modernisé. Notre façon de travailler ne change pas, on fait ce que l’on sait faire et je crois que nous le faisons bien. Après, c’est le sens de l’histoire, les choses évoluent. Avec l’arrivée de Charlois, c’est toute la force d’un groupe qui est avec nous, c’est appréciable. On nous donne les moyens de bien travailler. À l’instar du chêne, nos savoir-faire sont valorisés ».

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