Cyril Bardot, trieur chez Maison Charlois

23 janvier 2025
6 min.

Le professeur de tri

Ils quittent un à un la maison, leur maison, notre maison : la Maison Charlois, pour s’en aller vivre une retraite paisible et méritée. Cyril Bardot fait partie des historiques de la boîte. Après 34 ans de bons et loyaux services, Cyril a pris sa retraite le 31 décembre 2024. Il est revenu à Murlin pour se faire tirer le portrait. Hasard du calendrier, ou pas, c’est le 2 janvier 2025 que nous avons rendez-vous avec Cyril. Son premier jour de retraite, le 1er étant férié. C’est à Murlin, dans la maison où vécut Denis Charlois et sa famille que nous avons rendez-vous. Cyril est en avance sur l’heure fixée. « Je n’aime pas être en retard ». Le temps que je le rejoigne, il papote avec Audrey à l’accueil, puis avec Laurence. Après-tout, peu de choses ont changé en si peu de jours. Je ne connais pas très bien Cyril, celui que les anciens appellent Popov (surnom qui lui avait été donné par Dédé Jouannin et qui l’aura suivi tout au long de ses 34 années chez Charlois). L’homme est discret, ne se la raconte pas. Comme beaucoup à l’époque, rien n’augurait qu’il allait passer plus de trente ans ici à Murlin. Et pour cause. C’est par un apprentissage de fleuriste que Cyril a commencé sa carrière. À Fourchambault, chez Machecourt, face aux établissements Morini.

Le goût des fleurs 

Son apprentissage de fleuriste terminé et CAP en poche, Cyril se met en quête d’un premier job. « Dans ma branche, ça ne courait pas les rues, se souvient-il. Alors j’ai fait des petits boulots par-ci, par-là, jusqu’à décrocher un contrat, assortie d’une période d’essai, chez un sous-traitant de la SNCF ». Septième d’une fratrie de 5 garçons et 3 filles, le jeune homme coule des jours paisibles dans la cité cheminote de Varennes-Vauzelles où il a grandi. « C’étaient les belles années je trouve. On ne manquait de rien, il y avait beaucoup d’entraide avec tout le monde ». Alors âgé de 19 ans et quelques mois, trois pour être précis, Cyril est victime d’un accident de travail à la suite duquel il perdra l’usage d’un œil. « Les équipements de protection n’étaient pas obligatoires comme ils le sont aujourd’hui. C’est un coup de malchance pour moi ». Il prend les choses avec philosophie, mais ce n’est pas sans conséquences sur son quotidien et son avenir. Entre chômage et courtes missions, Cyril essaye de trouver une place, de trouver sa place.

Tout commence par un stage

C’est à l’occasion d’une session de formation à l’AFPA que Cyril se voit proposer un stage à la merranderie Maison Charlois. « Je connaissais vaguement de nom ». Nous sommes en 1990, Cyril a 29 ans. « Je me suis présenté à la scierie de Givry (dans le Cher) qui appartenait à la famille. Je suis tombé sur Lionel Charlois qui m’a dit que ce n’était pas ici que ça se passait, mais à Murlin. J’y suis allé le lendemain et je suis de nouveau tombé sur Lionel. J’ai commencé mon stage qui devait durer trois semaines ». À l’époque, l’atelier était encore au niveau de la maison de famille des Charlois. La merranderie telle qu’elle est actuellement n’existait pas, le bâtiment aujourd’hui dédié au tri et à l’empilage non plus. Son stage se déroule à la raboteuse, à la réception du merrain. À l’époque, Pascale (actuelle secrétaire générale) et Patrick (responsable de la merranderie, fraichement retraité) faisaient également leur entrée dans la grande maison. « Tonio était déjà en place, il y avait aussi Pino, Tito… la belle époque. Nous ne sommes plus nombreux aujourd’hui à avoir connu « l’atelier » ».

Le tri dans la peau

« Je me suis tout de suite plu ici. J’ai trouvé des collègues sympas avec qui nous prenions plaisir à travailler et à se retrouver. Lionel était à la tête de l’entreprise avec Denis. C’est Philippe Grillot qui était mon maître de stage. Un jour, je m’en souviendrai toute ma vie, Lionel arrive vers Philippe et lui dit : « on a besoin d’un gars à la raboteuse, il faut embaucher » ». La réponse de Philippe ne tardât pas : « Il y en a un ici, en stage, on a qu’à l’embaucher ». « C’est comme ça que je suis rentré ici pour ne plus jamais en partir. J’avais 28 ans. L’atelier, c’était l’hôtel des courants d’air comme on le disait à Denis. L’hiver ça caillait sec, on passait le chalumeau sur les tuyaux pour les dégeler. C’est sûr que maintenant ce n’est plus pareil ». La mémoire est encore vive, alerte au moment d’évoquer les années passées. « Tous les anciens je les ai connus ici, ou j’ai connu leur père. Pino, Tito…. Certains sont encore là, comme Tonio, Gérard, Pascale ou Patrick ». Cyril, a fait toute sa carrière en merranderie. Au tri et à l’empilage. « J’ai appris au contact des anciens à lire le bois, à le comprendre aussi. Ça n’a l’air de rien comme ça le tri du merrain, mais c’est une étape importante, comme toutes les autres, pour la valorisation de la matière première et pour la qualité des barriques. Cette boîte, c’était un peu ma seconde maison, ma seconde famille. Ça me fait bizarre de me dire que je ne vais plus venir ici tous les jours. En 34 ans, on prend des habitudes. Le réveil sonnera toujours le matin, mais sans doute un peu moins tôt ».

Trois questions à Cyril :

34 années se sont écoulées depuis votre embauche chez Charlois. Toute une vie… C’est sûr oui. 34 ans ce n’est pas rien. Je ne les ai pas vues passées ces années. Je n’ai que de bons souvenirs ici. J’aurais pu en faire moins si la caisse de retraite ne s’était pas trompée dans ses calculs. J’ai fait un an de plus pour avoir les quatre trimestres manquants et finalement, j’en ai cinq de trop. Mais ce n’est pas bien grave. Vous faites partie des anciens, de ceux qui ont travaillé avec Denis, de ceux qui ont connu l’atelier (nom donné à l’ancienne merranderie). Oui, c’est vrai. J’ai connu cette époque. Et, je suis un peu nostalgique de ces années-là. Physiquement, le travail était plus dur, mais on était bien. Il n’y avait pas de pointeuse, c’était Denis qui assurait cette mission (rires). La journée était finie quand le boulot était terminé. Si un de nous était un peu à la traine, on allait lui donner un coup de main. J’ai vu la boîte grandir, j’ai connu Denis, Lionel et Sylvain. C’est une belle entreprise et je sais de quoi je parle. Depuis hier, vous êtes à la retraite. Comment abordez-vous cette nouvelle étape ? Je n’ai pas encore eu le temps de penser à tout ça. Je ne vais pas changer grand-chose à mes habitudes, je vais continuer de me lever tôt le matin. Je prendrais plus de temps pour mon petit-déjeuner. Je vais continuer d’aller marcher, j’irai sans doute tous les jours maintenant, j’aime beaucoup marcher. Je vais m’occuper de Tina, ma petite chatte de 3 mois qui m’a été offerte par Fanny (responsable de l’atelier tri et empilage). J’aime bien Fanny, j’apprécie beaucoup son père également. Ils font partie des gens qui vont me manquer. Mais Ourouër (village où habite Cyril), ce n’est pas très loin de Murlin ! Photographie © Christophe Deschanel
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