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Les profonds changements au sein de la population murlinoise au cours du 19e siècle

26 septembre 2019

Les recensements de population permettent de collecter de nombreuses informations statistiques à l’échelle d’un territoire et présentent une photographie à un instant T de la composition des foyers dudit territoire. Les collectes de données effectuées à Murlin au 19e siècle (1820, 1881, 1891 et 1901) n’échappent pas à la règle et nous éclairent sur le changement profond qui s’est opéré dans le village au cours du 19e siècle au sein de la structure professionnelle de sa population. La commune de Murlin évolua alors d’une économie industrielle à une économie forestière, avec une population agricole relativement stable.

 

Cette histoire communale illustre celle du territoire nivernais, celle de l’évolution de la sidérurgie et de l’exploitation forestière dans le département. L’activité des sites sidérurgiques des Bertranges périclite en effet au cours du 19e siècle au profit des grandes usines de Fourchambault, Imphy, Cosne-sur-Loire ou Guérigny. L’activité de la forge de Candie à Murlin s’arrête par exemple définitivement entre 1837 et 1843, date d’un rapport des Ponts et Chaussées estimant « qu’il n’y a pas lieu à donner suite à la demande de maintenue en activité de l’usine de fer de St Vincent d’en bas ». L’arrêt des forges et fourneaux des Bertranges s’explique notamment par l’abandon du charbon de bois comme source d’énergie et la généralisation du charbon de terre principalement extrait des mines du Nord et de l’Est de la France. Le recours à une source d’énergie lointaine n’étant plus viable pour de petites unités de production disséminées au cœur et sur le pourtour du massif des Bertranges.

 

En 1820, Murlin, dont la population est de 324 habitants répartis en 68 familles, compte 14 chefs de famille, soit un cinquième de sa population active, dont l’activité est directement liée à celle des forges (Saint-Vincent, Candie, Belair et Limousins notamment) : un maître de forge, trois cloutiers, sept dresseurs et trois marteleurs. Sans compter les trente manœuvres recensés à Murlin en 1820 et dont le recensement ne donne pas de précisions sur le secteur d’activités dans lequel ils exercent leurs activités (ces hommes pouvant aussi bien travailler pour le secteur industriel que pour les secteurs agricoles ou forestiers). En partie lié à cette activité sidérurgique, quatre charbonniers sont par ailleurs recensés à Murlin en 1820.

 

Entre 1820 et 1881, la population murlinoise reste relativement stable puisqu’elle passe de 324 à 316 habitants répartis en 87 ménages. Sa structure évolue en revanche radicalement puisque, parmi les chefs de ménage, on ne compte plus aucun ouvrier sidérurgique alors que le nombre de bûcherons explose. Ils sont au nombre de vingt-cinq dans la commune en 1881. On note également le maintien d’un charbonnier dans le recensement de 1881 qui, dix ans plus tard (recensement de 1891) s’est reconverti garde particulier. La disparition du dernier charbonnier de Murlin illustre par ailleurs la fin de la surexploitation du taillis pour la fabrication du charbon de bois.

 

En 1891, le nombre de bûcherons continue à augmenter parmi les chefs de ménage recensés puisqu’il passe à trente. En 1901, Murlin compte trente-deux bûcherons (sur 81 chefs de ménage) auxquels on peut ajouter, toujours pour le secteur forestier, un facteur de bois travaillant pour l’usine Lambiotte de Prémery et un scieur de long.

 

Tous les éléments étaient donc réunis (ressources et savoir-faire) pour que, une vingtaine d’années plus tard, Eugène Charlois installe son atelier sur la commune de Murlin.

 

 

 

Photo © Raoul Saulnier d’Anchald [ca. 1900]

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