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Qualité merrain

La culture du chêne à merrain

31 mars 2022

Sans la main de l’homme, la forêt ne pourrait produire, en quantité et en qualité suffisantes, des bois susceptibles de répondre aux besoins de la société, tout en continuant à se développer. C’est pourquoi, pour chaque essence d’arbres et en fonction de leur utilisation, une sylviculture et un plan de gestion adaptés doivent être mis en place.

 

Le chêne à merrain français correspond à une qualité de bois exceptionnelle intrinsèquement liée à un mode de culture qui nécessite une continuité de gestion sur plusieurs siècles : la sylviculture en futaie. Dans ce type de sylviculture, en grande partie hérité de Colbert et de l’Ordonnance de 1669, les forestiers interviennent à toutes les étapes de la vie des arbres pour produire des bois de qualité tout en assurant la pérennité et la vitalité des forêts.

 

On parle de futaie régulière, par opposition à la futaie irrégulière, lorsque les arbres qui composent le peuplement d’une parcelle sont d’âge et de dimension sensiblement identiques.

La futaie pure ne compte qu’une seule essence tandis que plusieurs essences coexistent dans une futaie mixte ou mélangée. À partir de 50 ans, au stade de développement de perchis*, les plus beaux chênes, appelés arbres d’avenir, principalement destinés au merrain, sont identifiés en fonction de leurs qualités physiques et génétiques et constitueront le peuplement final de la parcelle récolté en moyenne à l’âge de 180 ans. En 2022, les forestiers prélèveront ainsi quelques chênes à merrain dont les glands ont germé au cours des années 1820-1840.

 

Essence de croissance lente et de lumière, le chêne ne survit pas plus de trois ans en sous-bois au stade de plantule. D’où la nécessité d’ouvrir de larges éclaircies pour laisser aux plantules le temps de s’installer, surtout en sol fertile où la concurrence d’autres essences peut être rude. Le chêne est capable de croître dans un peuplement serré de congénères de même taille et se développe dès que l’espace le lui permet.

En futaie, la concurrence entre congénères contraint les chênes à aller chercher la lumière. Les chênes de futaie croissent ainsi avec un tronc rectiligne et des branches qui se développent au niveau du houppier**.

 

Grâce à cette technique sylvicole, les chênes de futaie sont idéalement élancés, droits de fil et développent peu de branches sur la partie inférieure de leur tronc. Outre cet aspect technique indispensable en tonnellerie, leur croissance lente et régulière permet d’obtenir des grains très fins avec des anneaux de croissance (cernes) très serrés. Le grain du bois détermine sa porosité plus ou moins prononcée et aura par conséquent une incidence sur la finesse des interactions entre le chêne et l’alcool (vin ou spiritueux) qu’il contient.

 

 

*Le cycle de régénération d’une forêt de chênes élevés en futaie régulière comprend six stades de développement : semis (0-5 ans), fourré (5-10 ans), gaulis (10-25 ans), perchis (25-75 ans), futaie (75-180 ans) et futaie en régénération (180-240 ans).

**Ensemble des branches, des rameaux et des feuilles se développant à la cime d’un arbre, au-dessus du tronc.

 

Photographies © Christophe Deschanel

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