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Contes et légendes

Joli fendeur

11 juin 2020

Il était une fois une chanson populaire mettant en scène un « joli fendeur » et qui devint symbole de liberté pour toute une profession.

 

Cette histoire, variante de La fille du roi qui prend envie d’une rose, autrefois très populaire dans la Nièvre, a été recueillie par Achille Millien auprès de plusieurs habitants dont Annette Thomas, épouse Renaud, de Beaumont-la-Ferrière (1836) :

 

C’est trois jolis fendeurs dans la forêt jolie (ter)

Fendeurs, dormez-vous ? Fendeurs, jolis fendeurs, réveillez-vous. (Refrain)

Le plus jeune des trois avait un’ ros’ fleurie (ter)

Est venu t-à passer le roi avec sa fille (ter)

-Fendeur, joli fendeur, donne-moi donc ta rose (ter)

-Je te la donnerai, si tu veux êt’ ma mie (ter)

-Fendeur, joli fendeur, parle-n-en z-à mon père (ter)

-Eh bien, sire le roi, donne-moi donc ta fille (ter)

-Fendeur, joli fendeur, tu n’es pas assez riche. (ter)

-Oh ! va, sire le roi, j’ai bien vaillant ta fille. (ter)

-T’as pas seul’ment vailant la chemis’ de ma fille. (ter)

-J’ai bien vaillant sa robe avecque sa chemise. (ter)

J’ai trois vaisseaux sur l’eau, chargés de marchandises, (ter)

J’en ai un chargé d’or, l’autre de pierres fines, (ter)

Dans l’autr’ y a rien du tout, c’est pour mener ma mie (ter)

-Fendeur, joli fendeur, oh ! tiens, voilà ma fille. (ter)

-Oh ! va, sire le roi, je me moqu’ de ta fille. (ter)

Y’en a dans mon pays qui sont bien plus jolies. (ter)

Fendeurs, dormez-vous ? Fendeurs, jolis fendeurs, réveillez-vous. (Refrain)*

 

Cette chanson n’a pas été écrite pour rythmer le travail. C’est en effet un type de chanson qui correspond à l’image qu’un groupe de travailleurs veut donner de lui-même ; ici c’est l’image d’un homme libre pouvant s’offrir le luxe de refuser la fille d’un roi. À ce sujet, Georges Delarue (1925-1992), compositeur et ethnomusicologue, précise que « la fonction de ces chansons n’est plus de faire oublier la fatigue du travail mais de valoriser un métier. […] On ne les chantera pas sur le lieu de travail, mais là où on rencontre d’autres gens : au cabaret, dans les banquets ou dans les fêtes, partout où l’on veut se glorifier d’appartenir à une corporation. »

 

Joli fendeur témoigne également de l’importance de la communauté des fendeurs dans la société nivernaise et de l’image positive dont ils jouissaient. Malgré la rudesse de leur métier, les fendeurs, qui vivaient une grande partie de l’année en forêt, disposaient en effet d’une liberté plus importante que celle de la majorité de la population. Enfin, cette chanson était encore très ancrée dans le département à la fin des années 1950 comme en témoigne une fresque réalisée à cette époque par Jean Montchougny dans un établissement scolaire de Fourchambault.

 

 

*Chants et Chansons populaires recueillis et classés par Achille Millien, 1908, pp. 14-19.

 

 

Visuel : Détail de la fresque de Jean Montchougny

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