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Les fûts de nos régions

Histoire et typologie des fûts régionaux

20 mai 2021

Si le fût bourguignon, aussi appelé pièce bourguignonne, et la barrique bordelaise se sont aujourd’hui imposés comme les contenants de référence de la tonnellerie, cela n’a pas toujours été le cas. Il existait en effet une multitude de contenants vinaires dont la capacité variait assez fortement en fonction des régions. Il était par ailleurs assez fréquent que « des futailles portant le même nom n’[aie]nt ni les mêmes dimensions, ni la même contenance » d’une province à l’autre, comme le muid d’une contenance de 510 litres à Montpellier, de 460 litres dans le Languedoc, de 297 litres à Cahors ou en Bourgogne ou bien encore de 268 litres à Paris.

 

Les noms des tonneaux correspondaient alors aux unités de mesure de volume de l’Ancien Régime, étant entendu que pour les liquides, c’est la pinte de Paris (0,9313 litres) qui était officiellement la base de l’échelonnement*. Un quartaut équivalait ainsi à 72 pintes de Paris, une feuillette à 144 pintes (soit deux quartauts), un muid à 288 pintes (environ 268 litres), une queue à 432 pintes et un tonneau à 864 pintes**…

 

Officiellement, car, comme nous le verrons tout au long de cette série, la capacité des tonneaux n’était pas homogène dans toutes les provinces du royaume. Dans La tonnellerie à la portée de tous (1921), André Renard précise d’ailleurs que même l’adoption du système métrique à la Révolution française ne réussit pas à uniformiser les capacités des tonneaux à l’échelle de la Nation : « Au moment de l’adoption en France du système métrique un essai fut tenté pour introduire dans la tonnellerie la même amélioration d’uniformité dans la construction des tonneaux que dans celle des autres ustensiles servant de mesure. Les futailles devaient avoir des dimensions fixes et uniformes et porter l’indication de leur contenance sur l’un de leurs fonds. Leur longueur intérieure était conventionnellement divisée en 21 parties égales. Le diamètre intérieur du bouge devait en contenir 18 et le diamètre intérieur du fond devait en contenir 16. L’essai fut infructueux et on n’obtint jamais de la tonnellerie une construction basée sur des règles immuables. »

 

Même si les tonneliers n’ont pas adapté leur production au système métrique, ils ont néanmoins réussi à imposer au niveau mondial deux standards régionaux (le fût bourguignon et la barrique bordelaise) grâce à leurs savoir-faire séculaires et à la réputation de ces deux grands vignobles, mais également et surtout grâce à la qualité des chênes français qui font de la France la référence mondiale de la tonnellerie.

 

La multitude de fûts locaux aux volumes et dimensions disparates que nous vous proposons de découvrir fait quant à elle partie intégrante de l’histoire et du folklore de la profession.

 

 

*Pierre Portet (La mesure de Paris) : « Alors que la pinte et le setier, récipients étalons, connaissent une quasi stabilité de leur contenance entre 1320 et la fin de l’Ancien Régime, le muid, mesure de compte, a connu une augmentation continue pendant la même période passant de 127 à 268 litres. »

**Le tonneau de Bordeaux a une capacité de 900 litres soit l’équivalent de 4 barriques bordelaises de 225 litres. Chaque barrique bordelaise contenant l’équivalent de 300 bouteilles de 0,75 litre.

 

Visuel : Fûts fabriqués à la manufacture tonnelière La Grange (225L, 228L, 300L, 500L, Barrique Phi et quartauts de démonstration) © D.R.

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