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Conséquences du changement climatique sur les forêts et plus particulièrement sur les chênes

12 janvier 2023

Le changement climatique devrait se traduire à terme par une réorganisation progressive de la répartition géographique des arbres. Ainsi, l’augmentation des températures aura pour conséquence une migration des espèces vers le Nord ou plus en altitude.

Ce déplacement des aires de distribution des espèces vers le nord devrait être de l’ordre de 500 km en un siècle, alors que la vitesse de migration naturelle des espèces forestières ne dépasse pas 50 km par siècle. Il est par conséquent très difficile d’anticiper la réaction naturelle de la forêt face aux évolutions climatiques.

 

Rôle des forêts dans la lutte contre le réchauffement climatique

Les forêts contribuent à atténuer les conséquences du changement climatique : elles absorbent les gaz à effet de serre (GES), régulent les cours d’eau, protègent les communautés côtières contre les événements climatiques extrêmes et l’élévation du niveau de la mer. Les forêts créent également des couloirs migratoires pour rendre plus résilients les habitats des espèces animales et végétales. Les forêts et les arbres sont donc au cœur des solutions qui peuvent ralentir le changement climatique et rendre sa progression plus tolérable.

 

Les chênes face au changement climatique

En France métropolitaine, la région Grand Est et la Bourgogne Franche-Comté figurent parmi les régions les plus touchées. La sécheresse est accentuée par le climat continental, par des sols plus propices à se dessécher et par la présence d’insectes ravageurs particulièrement actifs.

Ainsi, les hêtraies des plateaux calcaires subissent de plein fouet la sécheresse, les chênaies mixtes sont sous la pression de la chenille processionnaire du chêne et les résineux sont attaqués par le scolyte.

Néanmoins, en ce qui concerne les chênes, les résultats d’une étude de l’INRAE datant de 2021* montrent que les chênes sont beaucoup plus tolérants à la sécheresse que ce qui était jusque-là admis.

Les résultats d’une étude de 2022** montrent par ailleurs que les chênes évoluent rapidement et sont capables de s’adapter aux variations climatiques en quelques générations. D’après ces conclusions, les gestionnaires forestiers auraient ainsi tout intérêt à favoriser la régénération naturelle des forêts pour faciliter l’évolution rapide des peuplements.

 

Chêne pédonculé et chêne sessile face au changement climatique

Le chêne pédonculé exige des sols profonds bien alimentés en eau et craint les fortes sècheresses. On note qu’environ un quart de la chênaie pédonculée localisée dans l’ouest de la France présente des signes de dépérissements et que les peuplements composés principalement par cette essence ont un taux de dépérissement quatre fois plus élevé que le chêne sessile. A l’inverse, le chêne sessile qui supporte mal les sols gorgés d’eau, peut supporter des sols présentant un bilan hydrique légèrement déficitaire lui permettant de mieux résister aux sécheresses.

C’est pourquoi lors des phases de renouvellement et d’amélioration des peuplements forestiers il convient de favoriser les chênes sessiles, moins sensibles au réchauffement climatique, au détriment des chênes pédonculés. Ceci ne vaut que pour un réchauffement climatique cantonnée de +1 à +2° C en moyenne annuelle ; au-delà, les différences de comportement entre les deux principales espèces de feuillus sur le plan national (4,5 millions d’ha) s’estompent et l’on peut craindre des dépérissements, y compris chez les chênes sessiles.

Selon le Centre Régional de la Propriété́ Forestière, le chêne pubescent devrait remplacer à terme les exploitations actuelles de chêne pédonculé́ en Nouvelle Aquitaine.

 

Enfin, pour une meilleure adaptation des chênes face au changement climatique, l’ONF préconise plusieurs solutions :

  • Avoir une bonne adéquation entre l’espèce et la station : le chêne pédonculé doit être réservé aux stations bien alimentées en eau comme les milieux alluviaux ou hydromorphes, ailleurs il faut favoriser le chêne sessile.
  • Maintenir un mélange d’espèces et ne pas éradiquer les chênes thermophiles comme le pubescent et le tauzin.
  • Donner la priorité à la régénération naturelle si les semenciers sont de l’espèce objectif, en nombre suffisant et de bonne conformation.
  • En cas de recours à la plantation, choisir une provenance proche, géographiquement et écologiquement.

Pour l’ONF, réussir l’adaptation des forêts au changement climatique passe également par l’introduction d’un nouveau concept de sylviculture fondé sur le principe de « forêt mosaïque » dont l’objectif est de renforcer la diversification des essences, à l’instar des expérimentations menées dans les îlots d’avenir, mais aussi d’adapter les modalités du renouvellement dans l’espace forestier.

 

 

*Histoire évolutive des chênes : la résistance à la sécheresse adaptée à leur habitat (France 2021, INRAE) 

**L’évolution suit le climat : les chênes se sont rapidement adaptés aux variations climatiques de l’Anthropocène (France 2022, INRAE) 

 

 

Photographie © Christophe Deschanel 

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