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Au vignoble et au cellier - 1910

Avril au cellier

21 avril 2020

« Au vignoble et au cellier – 1910 » est une série d’articles que nous vous présentons tout au long de l’année 2020, mois par mois. Les articles sont issus de l’Annuaire du commerce des vins de 1910 et décrivent les différents travaux nécessaires à la production de raisin et de vin au début du XXe siècle.

 

En 1910 au mois d’avril, les travaux au cellier sont marqués par la surveillance des vins et les expéditions.

 

 

Voici ce que l’on peut lire dans l’Annuaire du commerce des vins :

 

« Surveillance des vins – Dès le printemps, il faut préparer le vin, quelles que soient sa nature et sa situation, à bien passer l’époque critique des chaleurs. C’est donc cette préoccupation qui devra dominer chez le vigneron : il y va de l’avenir du liquide. Les soutirages qui auront dû être retardés seront menés avec la plus grande célérité. Par suite du mouvement qu’amène dans les vins le changement de saison, il est urgent, pendant le mois d’avril, de surveiller tous les produits en cave, qu’ils soient logés dans de la futaille ou dans des bouteilles. On évitera de les secouer, de les agiter. On procédera à l’ouillage des récipients, s’il y a lieu.

Pour ceux en foudres ou en cuves fermées, on examinera s’ils sont dans de bonnes conditions pour passer l’été. Il convient de prévenir ou d’enrayer tout de suite les maladies qui se déclarent souvent à cette époque, telles que la pousse, l’acescence, etc. On fera bien de tenir les futailles pleines, de les fermer convenablement et de procéder immédiatement aux traitements que réclame chacun des vins atteints, même faiblement, par une dégénérescence quelconque. Si un fût commençait à communiquer une mauvaise odeur à son contenu, il faudrait tout de suite soutirer dans une barrique saine et tenter de faire disparaitre le goût constaté dans le vin. En ce qui concerne les vins en bouteilles, sans les remuer, on s’assurera qu’ils ne se troublent point, que les bouchons sont en bon état et que leur conservation n’est en aucune façon rien compromise. Si l’on a des craintes après examen de plusieurs bouteilles, prises à des places différentes, il ne faut pas hésiter à remettre le vin en fût, et à le soumettre au traitement qu’il réclame. Parfois un simple transvasage suffit à rétablir un liquide compromis.

 

Expéditions de vins – En avril les expéditions sont assez suivies. Il importe qu’à cet effet les vins soient logés dans des futailles bien saines, n’ayant aucune odeur de pourri, de moisi, de boisé ou autre. Pour la clientèle bourgeoise l’on envoie généralement le vin tout collé* et soutiré. Il voyage ainsi et l’on recommande au client, quand il l’a reçu, de le laisser reposer avant de le mettre en bouteilles, s’il a l’intention de le soumettre à cette dernière opération. Lorsqu’on expédie non collé, l’acheteur devra être prévenu afin qu’il n’oublie pas de coller lui-même. Dans tous les cas, faire usage des meilleurs clarifiants.

L’emploi de la mèche soufrée est souvent nécessaire à cette époque, surtout pour les vins blancs. N’en pas brûler de trop fortes longueurs afin de ne pas dépasser la dose tolérée de 350 milligrammes d’acide sulfureux par litre ; éviter de laisser tomber un bout de mèche dans les tonneaux. »

 

 

Les expéditions de vins se faisaient en tonneau au début du XXe siècle. Le tonneau servait d’ailleurs à transporter également d’autres marchandises. Cela représentait 2 500 000 tonneaux produits par an en équivalent tonneaux de 228L. A titre de comparaison, en 2018, la production française, toutes essences confondues, était de 669 669 barriques (source : Fédération des Tonneliers de France).

 

De nos jours, les expéditions de vins se font en citerne pour le vrac ou bien en bouteille. Il est évident qu’avril 2020 ne sera pas une référence pour la tradition viti-vinicole. Nos meilleures pensées vont bien sûr à tout le monde du vin et des spiritueux… et bien plus !

 

 

*Le collage des vins permet la clarification du vin et/ou la stabilisation microbiologique de celui-ci.

 

 

Visuels 1 et 2 : ©Christophe Deschanel

Visuel 2 : « Rabelo », bateaux traditionnels servant autrefois au transport des fûts de vin de Porto

Visuel 3 : « Rabelo » dans les années 1900 sur le Douro

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