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Le Chêne

Abécédaire des grandes chênaies de France – Vibraye, la constance d’une chênaie

3 décembre 2019

Paru en octobre 2018, le livre Le Chêne en majesté, de la forêt au vin met en lumière le concept de terroir forestier : un sol et une exposition, une pluviométrie particulière, un ensoleillement spécifique, auxquels il faut ajouter un type d’essences, une densité de plantation et un âge moyen, qui vont influencer le grain et la qualité du bois. La valeur d’une haute futaie de chênes dépend donc de son terroir et de la manière dont elle a été « conduite », dirait un vigneron, ou « gérée », dit l’expert forestier.

 

Le livre, richement illustré de photographies, dresse notamment, à travers un abécédaire forestier offrant aux lecteurs de nombreux détails géographiques, mésoclimatiques, géologiques et historiques, la liste de vingt-six chênaies parmi les plus belles de France, à l’image de la forêt de Vibraye.

 

 

« Mes ancêtres se sont installés ici en 1510 », confie Philippe d’Harcourt au détour de la conversation. Autant dire que sa famille est enracinée dans l’histoire de France, plus profondément que ses chênes ne le sont dans le massif forestier de la Sarthe. « Cet ensemble s’étend sur 5 000 hectares répartis entre quatre propriétaires et nous sommes au nord, sur 2 300 hectares », ajoute-t-il, avec la modestie qui sied à une telle responsabilité. Les nombreuses petites forges et les verreries artisanales ont en effet longtemps puisé dans la forêt, au risque de l’épuiser.

 

Mise sous séquestre à la Révolution, puis restituée sous l’Empire à la famille, la forêt de Vibraye a traversé toutes les épreuves. Car plus encore qu’à la Couronne, royale ou impériale, les d’Harcourt vouent une admiration constante aux « grandes chênaies à la Colbert ». Après la fermeture des forges en 1913, le grand-père du comte d’Harcourt décide de convertir la forêt de taillis en futaie. « Un siècle plus tard, le chêne est devenu l’essence majoritaire, dit-il, et dans les gros bois, les chênes, sessiles pour la plupart, font plus de 50 centimètres de diamètre. Nous mélangeons les tiges, tant en grosseur et en hauteur qu’en espèces, en associant le charme et le hêtre afin de maintenir une ambiance forestière naturelle. »

 

Philippe d’Harcourt est un des fondateurs de Pro Silva, pour « une sylviculture proche de la nature, qui évite les coupes claires et favorise au contraire des éclaircies légères, mais plus fréquentes, tous les 5 à 10 ans environ. Je refuse d’être inféodé au système de la futaie régulière en vigueur à l’ONF », ajoute-t-il en proposant d’aller voir l’enclos de 80 hectares qu’il a fait grillager pour le protéger des chevreuils et des cerfs. Il y a quelque temps, il aurait fait la visite à cheval, mais la Citroën C5 s’impose désormais pour cet homme de 88 ans. « Une dizaine de battues par an sont organisées pour limiter la présence du grand gibier à deux ou trois têtes par hectare. »

 

La forêt est privée et ouverte aux promeneurs, aux cavaliers et aux ramasseurs de champignons, mais interdite aux moteurs. Écolo avant la lettre, Philippe d’Harcourt laisse aux arbres la bride sur le cou et déclare même que « la ronce est le berceau du chêne ». Ce qui n’exclut pas pour autant un plan de gestion sur 30 ans, avec le Centre Régional de la Propriété Forestière, que son fils Bernard poursuivra un jour. Son voisin sarthois, Antoine d’Amécourt, président des Forestiers Privés de France, rappelle d’ailleurs qu’un plan de gestion est obligatoire au-delà de 25 hectares. Des ventes régulières ont lieu, toujours avec des arbres abattus et débardés. Ceux-ci sont soigneusement éhoupés auparavant afin que les branches n’abîment pas leurs congénères lors de la chute. On en apprécie le résultat dans la clairière de Châteauvert, une grande prairie en pleine forêt où les troncs sont alignés et déjà marqués des initiales de l’acheteur, MDL, Merrain du Limousin.

 

Plus loin, sur la rive droite du ruisseau de la Fenderie, « au nord, les chênes sont de meilleure qualité que sur l’autre bord », confie le vieux forestier, dont tout l’art consiste à doser la lumière sur ses chênes centenaires. Pour un peu, il a failli parler de terroir, et souscrit pleinement à cette idée.

 

 

Retrouvez l’intégralité de l’abécédaire des grandes chênaies de France, et bien plus encore, dans Le chêne en majesté, de la forêt au vin de Sylvain Charlois et Thierry Dussard.

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