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Le Chêne

Abécédaire des grandes chênaies de France – Tronçais, la vitrine du chêne français – Partie 2

19 novembre 2019

[Suite du texte de l’actualité du mardi 12 novembre 2019]

 

 

Le chêne sessile, c’est la Rolls du chêne, et la France en est le premier producteur mondial. La richesse de la forêt atlantique et en particulier de Tronçais provient de la régularité de la croissance des arbres et, malgré la prédominance des chênes, de leur diversité. « Regardez ici, dans 1 mètre carré de ce qui ressemble à un fouillis végétal, on a une quinzaine de chênes de 20 centimètres de haut parmi les ronces et le houx, les charmes et les hêtres », remarque Loïc Nicolas en marchant dans une parcelle pas encore totalement éclaircie. « Il faudra rogner les ronces, mais nous gardons dans un premier temps un sous-étage de charmes et de hêtres qui vont guider les jeunes chênes. »

 

Plus à l’ouest, au rond de Richebourg, qui rappelle le grand cru de la côte de Nuits, le forestier aux yeux verts assortis à son uniforme de l’ONF fait admirer la futaie Buffévent. « Vers 1800, ce n’était qu’un champ de glands. Les chênes sont maintenant plus que centenaires et entourés de hêtres de 50 ans dont les branches servent de gainage aux troncs lisses de la chênaie. Ils font ainsi obstacle à la croissance des gourmands ou des broussins, ces branchettes que l’on veut éviter le long du tronc. » Plus loin trône le chêne Péron, un costaud de 210 ans et 45 mètres de haut qui est l’un des quarante arbres remarquables de la forêt. Une parcelle de 14 hectares composée d’arbres vénérables, la futaie Colbert, perpétue son souvenir et sert aujourd’hui de conservatoire.

 

On préserve désormais les vieux sujets, à raison de trois par hectare, pas seulement par respect, mais afin d’assurer une continuité biologique. Toutes les forêts de l’ONF gardent même quelques arbres morts, dont les insectes et les oiseaux raffolent. À Tronçais, on a aussi créé la réserve de Nantigny (100 hectares), où toute exploitation est prohibée. Le débardage du bois est encadré voire suspendu par temps humide. Les allées forestières sont interdites aux voitures, laissant la voie libre aux cyclistes et cavaliers. Deux équipages de chasse à courre participent en effet à l’équilibre cynégétique et financier de la forêt en versant chacun 50 000 euros par an à l’ONF. Mais c’est surtout la chasse à tir qui régule les quelque 1 300 cerfs, biches et faons qui peuplent Tronçais, sans compter chevreuils et sangliers.

 

L’essentiel des ressources tirées de la forêt provient cependant de la vente du bois, dont le montant s’est élevé à 6 millions d’euros en 2017. Les coupes d’amélioration successives ont permis d’obtenir un chêne de qualité exceptionnelle et des lots d’une valeur proche de 1 000 euros le mètre cube. « Les prix augmentent parce que la demande est forte », note Philippe Comis, responsable de la merranderie Chêne Bois, installée à Cérilly, à l’orée de la forêt. Tronçais garde une longueur d’avance sur les autres forêts de France car la conversion en futaie régulière y a été généralisée plus tôt. De cette antériorité, elle tire une supériorité légitime, qui a d’ailleurs conduit à certains excès. « Il y a une quinzaine d’années, des grumes venaient d’ailleurs et transitaient par chez nous pour obtenir la “qualité Tronçais”, ajoute Philippe Comis, mais aujourd’hui, tout est rentré dans l’ordre et la traçabilité est parfaite. » La qualité Tronçais fera peut-être un jour l’objet d’une appellation d’origine contrôlée, qui reste à établir et à certifier.

 

Le projet d’inscrire Tronçais au patrimoine mondial de l’Unesco a un moment plané au-dessus de la cime des chênes de l’Allier, mais cela aurait mis la forêt sous cloche et l’idée a vite été abandonnée. En revanche, Tronçais a reçu en mai 2018 le label Forêt d’exception de l’ONF. Un titre amplement mérité, autant pour la richesse de sa biodiversité que pour ses merrains à grain fin qui associent faiblesse des tannins et richesse aromatique. Plus qu’une forêt, les chênes de Tronçais sont devenus un mythe en matière de barriques. À tel point que certains pensent, à tort et sans raison, qu’il n’est de bons fûts que de Tronçais. Il serait plus juste de parler des chênes de l’Allier et du bocage bourbonnais (voir les Abbayes).

 

 

Retrouvez l’intégralité de l’abécédaire des grandes chênaies de France, et bien plus encore, dans Le chêne en majesté, de la forêt au vin de Sylvain Charlois et Thierry Dussard.

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