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Le Chêne

Abécédaire des grandes chênaies de France – Tronçais, la vitrine du chêne français – Partie 1

12 novembre 2019

Paru en octobre 2018, le livre Le Chêne en majesté, de la forêt au vin met en lumière le concept de terroir forestier : un sol et une exposition, une pluviométrie particulière, un ensoleillement spécifique, auxquels il faut ajouter un type d’essences, une densité de plantation et un âge moyen, qui vont influencer le grain et la qualité du bois. La valeur d’une haute futaie de chênes dépend donc de son terroir et de la manière dont elle a été « conduite », dirait un vigneron, ou « gérée », dit l’expert forestier.

 

Le livre, richement illustré de photographies, dresse notamment, à travers un abécédaire forestier offrant aux lecteurs de nombreux détails géographiques, mésoclimatiques, géologiques et historiques, la liste de vingt-six chênaies parmi les plus belles de France, à l’image de la forêt de Tronçais.

 

 

Emblématique de la chênaie atlantique, Tronçais est une forêt mythique dans laquelle on pénètre avec respect. Tonneliers et vignerons prononcent son nom avec une déférence qui s’étend au monde entier. Ainsi, arpenter ses 10 500 hectares, c’est prendre rendez-vous avec l’histoire ; c’est aussi recevoir une leçon de géographie. On s’imagine croiser la silhouette de Colbert entre les arbres centenaires, mais il faut tordre le cou à cette légende. Le secrétaire d’État de la maison du roi n’a jamais foulé l’humus de la forêt de Tronçais. Certes, c’est sous son impulsion qu’elle est devenue la plus belle chênaie de France, mais il n’y est jamais allé.

 

Missionnés par les Eaux et Forêts en 1665, les frères Fleury sont chargés de l’état des lieux. Ils font creuser un fossé pour délimiter le contour de la forêt et posent 1 061 bornes en pierre. Leur constat est atterrant : les coupes sauvages ont ruiné la forêt et 3 000 arpents (1 500 hectares) ont été spoliés ou convertis en prés. D’innombrables porcs et bovins, chevaux et mules broutent les jeunes pousses d’arbre, empêchant toute régénération. La grande réformation lancée par Colbert en 1669 s’attache donc à réglementer strictement l’abattage, qui est interdit pour les arbres de moins de 20 ans. Trente- deux baliveaux sont conservés par hectare et un quart de la surface, qui n’est alors que de 9 000 hectares, doit être préservé.

 

En 1832, l’arrivée de Théophile de Buffévent, sorti de l’école forestière de Nancy, marque un nouveau tournant. Le charbon de bois n’alimente plus les forges, il peut donc imposer des futaies régulières et créer des pépinières. Vingt ans avant que le baron Haussmann ne découpe Paris en rues et boulevards, le comte de Buffévent taille dans Tronçais des chemins et des routes qui partent des 59 « ronds » (carrefours en étoile) vers les 443 parcelles de la forêt. « À la veille de 1914, les trois quarts des arbres avaient encore moins de 100 ans, tandis qu’aujourd’hui, environ un tiers ont dépassé cet âge », souligne Loïc Nicolas, le responsable de l’unité territoriale de Tronçais à l’ONF. « Ici, rien n’est naturel, c’est une forêt cultivée, sourit-il, avec une récolte annuelle de 55 000 à 60 000 mètres cubes, dont un quart a un potentiel de chêne à merrain. »

 

Évaluer ce potentiel est tout un art, dans lequel Éric Leporcq excelle. Acheteur de bois pour la Maison Charlois, il passe toute l’année à évaluer des chênes sur pied ou déjà coupés. « Aux ventes de bois, on n’a droit qu’à une seule enchère, dit-il. Il ne faut donc pas se tromper, même si pour du Tronçais, on a tendance à surpayer. Car cela reste la référence pour le monde entier : le vigneron bourguignon ou bordelais, d’Asti ou de Californie connaît le nom de Tronçais. » Le caractère d’exception de cette forêt domaniale provient de la rigueur de sa sylviculture et de l’originalité de son climat. Encadrée par deux cours d’eau, l’Allier à l’est et le Cher à l’ouest, traversée par deux rivières, la Marmande et la Sologne, la forêt de Tronçais est dotée de cinq beaux étangs et bénéficie d’une pluviométrie de 800 à 900 millimètres par an. Le sol est composé de grès et de granit, avec des limons plus sableux dans la partie est, pour une altitude comprise entre 260 et 360 mètres. Un terroir propice au chêne, qui représente 93 % des espèces d’arbres, dont 90 % de chênes sessiles, un peu moins tanniques que les pédonculés…

 

 

[Retrouvez la suite du texte de cette actualité le mardi 19 novembre 2019]

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