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Abécédaire des chênaies de France

Haguenau, la forêt sainte et indivise

25 juin 2019

La forêt d’Haguenau, dans le Bas-Rhin, s’étend au nord de Strasbourg sur 13400 hectares. Ce massif forestier magnifique est réputé pour la qualité de ses chênes, mais aussi de ses pins sylvestres.

Paru en octobre 2018, le livre Le Chêne en majesté, de la forêt au vin met en lumière le concept de terroir forestier : un sol et une exposition, une pluviométrie particulière, un ensoleillement spécifique, auxquels il faut ajouter un type d’essences, une densité de plantation et un âge moyen, qui vont influencer le grain et la qualité du bois. La valeur d’une haute futaie de chênes dépend donc de son terroir et de la manière dont elle a été « conduite », dirait un vigneron, ou « gérée », dit l’expert forestier.

Le livre, richement illustré de photographies, dresse notamment, à travers un abécédaire forestier offrant aux lecteurs de nombreux détails géographiques, mésoclimatiques, géologiques et historiques, la liste de vingt-six chênaies parmi les plus belles de France, à l’image de la forêt d’Haguenau.

 

La forêt d’Haguenau, dans le Bas-Rhin, s’étend au nord de Strasbourg sur 13400 hectares. Ce massif forestier magnifique est réputé pour la qualité de ses chênes, mais aussi de ses pins sylvestres. Ces pins d’Haguenau ont une forme très élancée et couvrent 34 % de la surface, à parité avec les chênes sessiles et pédonculés. Ceux-ci ont parfois un tronc dont le diamètre est supérieur à 1 mètre ; l’ONF a ainsi répertorié huit cents de ces arbres vénérables. Ils ont trouvé dans la plaine alluviale du Rhin un terroir favorable, avec un sol composé d’alluvions sableux et argileux déposés par trois rivières, la Sauer, la Moder et l’Eberbach.

À la fois communale et domaniale, cette forêt de type continental jouit d’un statut original, puisqu’elle appartient à parts égales à la ville d’Haguenau et à l’État. Après plusieurs siècles de conflit entre les Haguenoviens et le pouvoir royal, Louis XIV décide en 1696 d’accorder le statut d’indivision à ces arbres. Pour Claude Sturni, député et maire d’Haguenau, « la forêt appartient à l’histoire et à l’ADN de la ville ». Cet ensemble forestier est donc cogéré avec le délégué territorial de l’ONF, Jean-Pierre Renaud, et les deux hommes ont entamé les démarches nécessaires à l’obtention du label Forêt d’exception de l’ONF.

Déjà classée en zone de protection spéciale dans le cadre de Natura 2000, cette « forêt sainte » attirait au Moyen Âge de nombreux ermites, et on ne compte plus les couvents et églises qui l’entourent. Arbogast, l’un de ces ermites, est même devenu archevêque de Strasbourg au VIIe siècle. Un gros chêne, dont il ne reste que la souche, fait d’ailleurs l’objet d’un pèlerinage chaque dernier dimanche de juillet. Tumuli et tertres funéraires de l’âge du bronze et du fer témoignent du caractère mystique de cette forêt d’allure nordique. Les habitants d’Haguenau (prononcez « Hawenau » en dialecte alsacien) se réunissent parfois pour un Stammtisch, un tour de table convivial où chacun peut soulever toutes les questions concernant sa forêt et… apporter des solutions.

Haguenau, dont le nom vient de l’allemand Haag, « petit bois », est située à environ 150 mètres d’altitude. Elle abrite une faune de grand gibier et une flore riche (anémone sylvie, iris jaune…), ainsi que de nombreux vestiges protohistoriques sur plus de 1 000 hectares, mais aussi des sites d’exploitation d’argile, utilisée par les potiers de Soufflenheim et de Betschdorf. Et même des puits de pétrole, dans sa partie nord, que les habitués appellent l’outre-forêt. Mais les pins et les chênes restent l’or vert de ces bois.

 

Retrouvez l’intégralité de l’abécédaire des grandes chênaies de France, et bien plus encore, dans Le chêne en majesté, de la forêt au vin de Sylvain Charlois et Thierry Dussard.

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